• Le 29 novembre 2022
    Campus Tertre
    Bâtiment Tertre
    Salle du CENS (T237)
    Chemin de la Censive du Tertre
    44300 Nantes
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  • 14h

Estelle Gridaine, doctorante au Centre Nantais de Sociologie, soutiendra le mardi 29 novembre 2022 sa thèse de doctorat intitulée : "Construction d’une question sanitaire et d’une norme corporelle. Le cas du traitement de l’obésité en milieu hospitalier."

Devant un jury ainsi constitué :

  • Madame Annie Collovald, Professeure, Université Paris Nanterre, Directrice de thèse
  • Madame Catherine Achin, Professeure, Université Paris Dauphine, Rapporteure
  • Monsieur Henri Bergeron, Directeur de recherche, Institut d'Études politiques de Paris, Rapporteur
  • Madame Anne Lhuissier, Directrice de recherches, INRAE, Examinatrice
  • Monsieur Baptiste Viaud, Maître de conférences, Nantes Université, Examinateur
  • Monsieur Romuald Bodin, Professeur, Nantes Université, Examinateur



RESUMÉ

A partir d’une étude localisée du traitement de l’obésité en milieu hospitalier, la thèse examine un paradoxe : comment des mécanismes de disqualification sociale des personnes en surpoids surgissent et se cristallisent dans un espace volontiers présenté comme neutre et empathique à l’égard des patients. La prise en charge de cet état corporel présente la particularité de réunir, à chaque extrémité de la relation thérapeutique (patients, personnel soignant), une population principalement féminine partageant des caractéristiques communes (âge, origine sociale et sentiment de déclassement) et un objectif commun de transformation des corpulences. Après de multiples tentatives précédentes d’amaigrissement, les unes espèrent atteindre une forme physique légitime ; les autres aspirent à une position professionnelle reconnue alors qu’elles ont vécu leur pratique paramédicale et médicale comme une relégation dans les zones d’ombre de l’activité sanitaire. Par le croisement d’une sociologie du genre, des classes populaires, de la santé, du corps et des groupes professionnels, cette étude vise à mettre en évidence comment la « négociation des soins » tourne sans cesse au désavantage des patientes : jugées d’emblée dépourvues d’un ethos du contrôle, portées à l’intempérance alors même que tout leur parcours antérieur témoigne du contraire, par des pratiques répétées de luttes et de volonté de changer la « fatalité » du surpoids. Les effets de la disqualification sociale ne jouent pas simplement dans les relations avec les soignant-e-s. Elle joue également au sein même du groupe de patient-e-s. Les mieux dotées mobilisent leurs ressources pour se distinguer des autres qu’elles considèrent comme dépossédées de toute bonne volonté. Simultanément cette recherche montre que le manque de résultats pondéraux conduit les soignants à revoir leurs positions. Le care fait alors souvent place à une logique du soupçon ou à un déni de compétences. En s’appuyant sur le traitement statistique de dossiers médicaux, des entretiens éthographiques et des observations répétées des interactions entre les différents protagonistes, la thèse revisite le déséquilibre de la relation thérapeutique au profit de la construction d’un ordre féminin, aussi subordonné soit-il aux normes masculines.