Responsables : Gilles Lazuech (MCF-HDR), Pascale Moulévrier (MCF-HDR), Fabienne Pavis (MCF)

Membres : Ludivine Balland (MCF), Cécile Berrezaï (Doc), Marie Cartier (MCF/IUF), Marie Charvet (MCF), Annie Collovald (PR/IUF), Olivier Crasset (Post-Doc), Estelle D'Halluin (MCF), Fanny Darbus (MCF), Hélène Desfontaines (MCF), Annie Dussuet (MCF, HDR), Sarah Ghaffari (MCF), Etienne Guillaud (Doc), Gérald Houdeville (MCF), Gilles Lazuech (MCF, HDR), Fabienne Laurioux (MCF), Gabrielle Lecomte-Menahès (Doc), Gildas Loirand (MCF, HDR en cours), Cheikh Mamina Aidara (Doc), Sylvain Maresca (PR), Caroline Mazaud (Post-Doc), Alain Ménotti (Doc), Mickaël Meyer (Post-doc), Séverine Misset (MCF), Sylvie Morel (Post-Doc), Frédéric Mollé (MCF, ), Pascale Moulévrier (MCF, HDR), Sosthene Nsengiyumva (Doc), Sophie Orange (MCF), Bruno Papin (MCF), Fabienne Pavis (MCF), Nicolas Rafin (MCF), Arnaud Sébileau (MCF), Hassen Slimani (MCF), Marie Szarlej (Doc), Joanne Walker (Doc).

 

Prenant au sérieux le poids de l'économique dans les modes de hiérarchisation sociale contemporains ainsi que les transformations du capitalisme, l'axe « Professions, conduites et croyances économiques » est marqué pourtant par une ambition de ne pas enfermer les analyses dans une sociologie spécialisée, mais plutôt de regarder les questions économiques - et les réalités de travail dans lesquelles elles sont souvent prises - à l'aune d'une sociologie générale permettant de mobiliser des auteurs, des théories, des investigations potentiellement éloignés du champ économique. Les conduites économiques sont considérées ici comme un angle particulièrement pertinent pour rendre intelligibles les processus de rationalisation des activités (16, 22) et la transformation des groupes sociaux et professionnels. Les jeux et enjeux des classements économiques contribuent à délimiter, objectivement et subjectivement, ces collectifs, ce qui suppose de mettre en relation les pratiques et les croyances des acteurs économiques (qu'ils se pensent ou non comme tels) avec leurs profils socioprofessionnels. Cette posture a permis de nourrir un dialogue stimulant avec des économistes, qui ne considèrent pas tous avoir résolu la question de la mesure de l'utilité sociale en l'identifiant au prix marchand. Elle a également l'intérêt de redynamiser l'approche sociologique des professions. La question des frontières et de leur porosité, entre l'économique et le social, est ainsi revisitée : frontières entre une économie dite marchande et une économie dite sociale et solidaire (8), le patronal et le managérial, le travail et l'engagement, le politique et le religieux. En cinq ans, cet axe émergent a tenu ses promesses : quatre thèses et deux HDR ont été soutenues autour de ces problématiques, de nouvelles recherches approfondissent des réflexions engagées, d'autres innovent en s'engageant sur le terrain des petites élites économiques et de leur mobilisation ; il a permis en outre d'élargir le périmètre des relations scientifiques du laboratoire sans négliger les préoccupations d'une certaine demande sociale (26, 27, 28, 29). La production scientifique s'est développée dans trois directions.

Une première série de travaux questionne les frontières de l'économie. Au-delà de la volonté de comprendre ce qui se joue spécifiquement dans les usages sociaux et la gestion domestique de l'argent (4, 18, 19), au sein des entreprises - associatives, coopératives et mutualistes - estampillées « économie sociale et solidaire », ou encore dans la co-construction de marchés émergents (12, 25), les travaux envisagés proposent de revenir (à partir de l'examen précis des conduites individuelles et collectives, des discours, des interactions) sur la question de l'autonomie des espaces - économique, politique et religieux - et de proposer une lecture en termes de porosité des frontières entre des institutions souvent pensées comme opposées - l'Etat et le marché, la famille et l'entreprise (17).

C'est autour des patronats, des engagements et des conflits que se structure une seconde série de travaux. L'entrée patronale permet de renouveler d'une autre façon l'analyse des transformations du capitalisme mais également des modes de hiérarchisations contemporains. Le flou et la fluctuation de la délimitation du groupe marqué par la diversité des nominations (« dirigeant », « manager », ...) indiquent d'emblée que la position sociale et économique des « patrons » est loin d'être unitaire et statique et que la dynamique du pouvoir économique reste largement une énigme sociologique (6, 7, 10). Les recherches menées dans cet axe sur diverses populations dirigeantes contribuent à éclairer les fondements sociaux de la domination économique, elle-même adossée à des formes diversifiées de pouvoir symbolique (15). En objectivant cette population et en observant le quotidien de leurs pratiques managériales, on saisit les principes sociaux de leurs logiques d'action individuelles et collectives au sein du monde marchand et en dehors et rendons intelligible leurs stratégies de représentation et leurs mobilisations contestataires (14, 21).

Enfin, un ensemble de recherches prennent pour objet la professionnalisation, les pratiques professionnelles et les qualifications de l'emploi. C'est en observant les marges des professions établies - les métiers de « l'économie sociale et solidaire » (1), du sport et de la culture, de l'art (20), de l'accompagnement social (2, 3), etc. - que les chercheurs du Cens parviennent à identifier les logiques de maintien mais également les dynamiques de l'ordre social et économique contemporain. Ces terrains particulièrement « tiraillés » par des logiques contradictoires, qui nécessitent de penser simultanément politique publique et passion (13), marchés et dispositions, stratégie et ethos, tradition et nouvelles technologies (5), renouvellent la connaissance des ressorts sociaux de la structuration des groupes professionnels (11). Un intérêt est également porté à l'internationalisation du capital en tant qu'il participe aux reconfigurations du marché du travail (23) et de la formation (9, 24).

Articles et ouvrages scientifiques significatifs

(1) Darbus F, « Loin de la subversion et de la transformation sociale : les pratiques de l'économie sociale et solidaire », Agora débats/jeunesses, 1/ 2015, n° 69, p. 7-22.

(2) Dussuet A., Puissant E., « Un rôle ambivalent des associations dans la reconnaissance du travail salarié. L'exemple de l'aide à domicile », Economie et Sociétés, série Socio-économie du travail (à paraître en 2015).

(3) Houdeville G., Laurent Riot , « Devenir une professionnelle de l'aide à la personne : entre technique, relations et organisation », Formation Emploi, n° 115, 2011, p. 25-36.

(4) Lazuech G., L'argent du quotidien, Rennes, PUR, 2012, 242 p.

(5) Maresca S., Basculer dans le numérique. Les mutations du métier de photographe, Rennes, PUR, 2014.

(6) Mazaud C., « Artisan, de l'homme de métier au gestionnaire de PME ? », Travail et Emploi,  n° 130, 2012.

(7) Misset S., « La politique managériale du « sang neuf » à l'épreuve : L'implantation d'une gestion par les compétences au sein d'une population ouvrière », in C.Perrin-Joly (dir), Entreprise et générations : de la transmission à la coopération, Ed. De Boeck, 2014.

(8) Moulévrier P., Hély M., L'économie sociale et solidaire : de l'utopie aux pratiques, Paris, La Dispute, 2013.

(9) Orange S. (avec Blanchard, M.,Pierrel, A.), La production d'une noblesse scientifique, Paris, Editions de la Rue d'Ulm, (à paraître en 2015).

(10) Pavis F., « Conclusion - D'une sociologie politique à une sociologie économique de l'Europe des affaires », in H. Michel (dir.), Représenter le patronat européen. Formes d'organisations patronales et modes d'action européenne, Bruxelles, PIE Peter Lang, 2013, p. 263-267.

(11) Rafin N., « Une cause indéfendable ? La mobilisation des avoués contre la suppression de leur monopole devant les cours d'appel », Politix, n°106, 2014, p.109-133.

(12) Sébileau, A., « Rester après la saison. L'économie symbolique du néoruralisme balnéaire », Juristourime, n°163, 2014, p. 31-34.

(13) Slimani, H., « L'économie de la passion. Formation professionnelle et turn-over des moniteurs(trices) équestres sous conditions sociales et affectives », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 205,  2014.

Rayonnement et attractivité académiques

(14) Collovald A., Agrikoliansky E., (dir.), « Mobilisations conservatrices: comment les dominants contestent ? », Politix, n°106, 2014, p. 9-30.

(15) Darbus F., Balland L. participent au programme de recherche « Goûts, morales, groupes sociaux », dans le cadre du DIME-SHS (Données, infrastructures, méthodes en SHS)- panel Elipss (Enquête longitudinale par internet pour les sciences sociales), Dir. R. Caveng.

(16) Ghaffari S., Misset S., Pavis, F., Ponnet M., (dir.), « Généalogies des outils de gestion », Travail et emploi, n° 133, 2013.

(17) Lazuech G., avec Charvet M., Desfontaines H., Laurioux F. sont engagés dans le programme de recherche « COSELMAR (Compréhension des socio-écosystèmes littoraux et marins pour l'amélioration de la valorisation des ressources marines, la prévention et la gestion des risques) » Institut Universitaire Mer et Littoral (IUML, FR CNRS 3473).

(18) Colloque international (coord. scientifique P. Moulévrier, G. Lazuech), « Les usages sociaux de l'argent », Journées scientifiques de l'Université de Nantes, CENS-MSH Ange Guépin, 6-7 juin 2011.

(19) Le programme de recherche URA porté par le CENS a été financé par la Région des Pays de la Loire dans le cadre des «Paris scientifiques» [2007- 2011], et validé par le conseil scientifique de la MSH Ange Guépin.

(20) L'ANR intitulé Travail et création artistique en régime numérique, Sylvain Maresca, avec la collaboration de l'économiste Dominique Sagot-Duvauroux (GRANEM).

(21) Recherche de A. Collovald financée par l'IUF « Quand des artisans et des petits commerçants se rebellent  (1970-2010) : insubordinations conjoncturelles ou constitution d'un répertoire protestataire à droite ? Pour une sociologie historique du petit patronat » (2012-2017).

(22) A. Dussuet, G. Lazuech, P. Moulévrier sont engagés dans le programme UCAP (Usage du Chiffre dans l'Action Publique Territoriale) financé par le Conseil Régional des Pays de la Loire, pour l'axe 3 : L'emploi dans l'Economie Sociale et Solidaire (2009- 2013).

(23) A. Dussuet est engagée dans le programme européen FLOWSImpact of local welfare systems on female labour force participation and social cohesion (janvier 2011-avril 2014), financé par le 7è PCRD de la Commission Européenne.

(24) S. Ghaffari participe au programme ENGIND, « Ingénieurs et société en Inde coloniale et post-coloniale »  (ANR Programme Blanc, coordinateur  CEIAS-UMR 8564).

(25) S. Ghaffari participe au programme MEGREEN TECH,  : Trajectoires et performances des entreprises innovantes : le secteur industriel des technologies vertes (Ressourcement Carnot MINES).

Interactions avec l'environnement social, économique et culturel

(26) Partenariat avec l'USGERES (Union des employeurs de l?économie sociale et solidaire),  l'Observatoire de la Chambre Régionale de l'Economie Sociale et Solidaire des Pays de la Loire. Financement par le Haut-Commissariat aux Solidarités Actives et la Délégation Interministérielle à l'Innovation à l'Expérimentation Sociale et à l'Economie Sociale (DIIESES), l'ADEME, la Chambre d'agriculture de Bretagne, la CNAF.

(27) P. Moulévrier, C. Thiou, Ecriture et réalisation d'un documentaire « En avoir ou pas », à partir des travaux sur les usages sociaux de l'argent, Production : Balibari - Point du jour, 2014.

(28) De nombreuses interventions d'H. Desfontaines, A. Dussuet, G. Lazuech, A. Ménotti, P. Moulévrier, à des tables rondes, journées, groupes de travail, expertises au niveau local et national.

(29) O. Crasset est membre d'une équipe internationale de forgerons rassemblés autour d'un projet commémoratif « Ypres 2016 » : les soldats forgerons de la première guerre mondiale.