• Le 24 janvier 2019
    Campus Tertre
    Salle du CENS (T237)
    Bâtiment Tertre
  • De 16h à 18h

Alex Dumas, Professeur de sociologie (Université d'Ottawa, Canada) en séjour en France du 22 au 30 janvier 2019, animera au CENS un séminaire sur le thème "Raconter sa maladie. Pratiques de santé et inégalités socio-économiques : résistance, autonomie et risque pour la santé".

Pourquoi les hommes à faibles revenus sont-ils plus enclins à éviter ou à rejeter les styles de vie prescrits par les institutions de soins de santé? Pourquoi adoptent-ils des pratiques  contrindiquées lorsqu'ils savent pertinemment qu'elles peuvent nuire à leur santé? On peut répondre à ces questions de santé publique en employant le cadre théorique de Pierre Bourdieu (rapport au corps, pouvoir symbolique). D'autres approches apparentées sur les dispositions morales de classes (A. Sayer) et sur la construction des masculinités (R. Connell) fournissent aussi des outils pertinents à une analyse de la variation sociale des pratiques de santé. En nous appuyant sur 60 entretiens qualitatifs menés dans la région de l'Outaouais québécois, cette étude expose les inégalités en réadaptation cardiaque entre deux groupes d'hommes de différentes classes socioéconomiques, ainsi que les obstacles que pose la précarité économique au souci de la santé. Les résultats présentent trois aspirations partagées chez l'ensemble des hommes interviewés (la gestion des vulnérabilités, la recherche de reconnaissance et le maintien de l'autonomie) qui se traduisent en stratégies très différenciées devant la maladie cardiaque. Chez le groupe socio-économiquement défavorisé, ces aspirations seraient des sources de distinction malgré leurs effets néfastes sur la santé. En conclusion, cette étude permet de mieux comprendre les inégalités sociales en matière de soins de santé préventifs, tout en soulignant l'importance de mettre sur pied des politiques de santé qui tiennent compte d'un savoir incorporé et d'une compréhension pratique du monde des individus. Elle permet aussi de mieux comprendre les relations entre les vulnérabilités structurelles, la souffrance sociale, les stratégies de résistance et les inégalités sociales de santé.
 

Alex Dumas

Alex Dumas est enseignant chercheur (professeur agrégé) à l’Université d’Ottawa depuis 2005. Il a été Directeur adjoint à L’École des sciences de l’activité physique, responsable des études supérieures de Maîtrise et de Doctorat de 2015 à 2018.  Il enseigne en sociologie de la santé, sociologie du sport, et méthodes de recherche qualitative.

Il a soutenu son doctorat à l'Université de Montréal sous la direction de Suzanne Laberge en 2004 (La prévention en santé, l'activité physique et l'apparence corporelle chez des aînées de différents milieux socioéconomiques). Il a par la suite effectué des recherches postdoctorales à la Faculté des sciences sociales et politiques de l'Université de Cambridge où il a travaillé sur la question de l'économie politique de l'antivieillissement avec Bryan S. Turner. Ses recherches actuelles portent principalement sur les inégalités sociales de santé et sur les impacts du vieillissement des populations sur les politiques institutionnelles en santé publique. Utilisant principalement des méthodes de recherche qualitatives, ses dernières publications articulent classe sociale, âge et genre afin de mieux comprendre le rapport au corps de différentes populations vulnérables.

Ses projets de recherche en cours

  • Les pratiques de santé des hommes en contexte de défavorisation sociale et matérielle

Au Québec, les hommes socio-économiquement défavorisés ont été identifiés par de nombreuses études épidémiologiques comme un groupe à risque de souffrir et de mourir prématurément. Si la classe sociale et le genre sont souvent présentés comme d’importants déterminants sociaux de la santé, il est surprenant de constater qu’encore trop peu d'études sociologiques se sont penchées sur les liens entre la masculinité, la classe sociale et la mortalité prématurées. Ses études visent donc à comprendre les services de santé ainsi que les dispositions et engagements personnels en matière de pratiques préventives chez des hommes de différentes classes sociales atteints de maladies cardiovasculaires.
 

  • Critique des discours biomédicaux sur le contrôle de l'obésité
Ce projet apporte un regard critique sur l’efficacité des stratégies en prévention de l’obésité qui serait centrée sur la responsabilité individuelle. En employant des approches biographiques avec des femmes de classes sociales très différenciées, l’enjeu est de mettre en lumière l’effet de la position sociale sur la santé, la qualité de vie et la hiérarchie des priorités des femmes en surpoids. En se penchant sur la notion  de violence  symbolique, ce projet s’intéresse à la variation sociale de l’expérience de la stigmatisation liée au poids et au double fardeau (pauvreté et obésité) des femmes socio-économiquement défavorisées.
 
  • L'économie politique de l'antivieillissement
La gestion de la longévité humaine devient aujourd’hui l’un des dossiers les plus épineux du gouvernement des populations. Depuis une décennie, de nouvelles avancées biotechnologiques viennent s’immiscer dans nos rapports à la vieillesse et interpellent sérieusement les chercheurs en sciences sociales. Des discours et des pratiques, certains crédibles et d’autres moins, visent entre autres à prolonger la durée de vie « naturelle » humaine en agissant sur le vieillissement biologique. Déjà que l’âge est devenu un des principaux axes de stratification sociale, dans ce contexte biotechnologique, nombreux sont les chercheurs qui observent que la longévité deviendra un point de départ pour de nouvelles formes de gouvernement du corps et des populations.
 
  • Une approche collaborative pour améliorer l'alimentation, la santé et le bien-être des femmes enceintes souffrant d'un problème de toxicomanie
Plusieurs programmes en nutrition périnatale ont été élaborés et mis en œuvre pour contrer le problème de l'insécurité alimentaire que vivent de femmes enceintes. Bien que ces programmes aient de nombreux effets positifs, certains groupes de femmes plus marginalisées, en particulier celles qui souffrent de toxicomanie, continuent d'afficher un état nutritionnel déficient ayant des conséquences sur leur santé et celle de leur enfant. Ce projet transdisciplinaire (sociologie, psychologie, physiologie et sciences de la nutrition) a été conçu afin de mieux comprendre cette problématique et d’optimiser l’efficacité des services de soins de santé et des programmes nutritionnels.


Publications récentes

  • Smith, A. et Dumas, A. (sous presse). Class-based masculinity, cardiovascular health and rehabilitation. Sociology of Health and Illness.
  • Dumas, A., Bergeron, C. et Savage, M. 2015. Position sociale et style de vie. La variation sociale des pratiques de santé après un incident cardiaque. Recherches Sociographiques, 56 (2-3) 437-461.
  • Dumas, A. 2012. Rejecting the aging body, In B.S. Turner (ed.) Routledge International Handbook of Body Studies. New-York: Taylor and Francis, p. 375-388.
  • Audet, M, Dumas, A, Binette, R, Dionne, I.J. 2017. Women, weight, poverty and menopause: understanding health practices in a context of chronic disease prevention. Sociology of Health and Illness. 39(8)1412-1426.
  • Turner, B.S. et Dumas, A. 2016. L'antivieillissement. Vieillir à l'ère des nouvelles biotechnologies. Québec : Presses de l'université Laval.