Axe 3. Sciences de gouvernement et catégorie d'action
Responsables : Romuald Bodin (PR), Gerald Houdeville (MCF)
Membres : Claire Auzuret, Ludivine Balland, Romuald Bodin, Pierre Camus, Marie Cartier, Marie Charvet, Mary David, Corinne Delmas, Estelle D’Halluin, Annie Dussuet, Shani Galand, Sarah Ghaffari, Gérald Houdeville, Rémy Le Saout, Gildas Loirand, Anna Mesclon, Romain Perrier, Nicolas Rafin, Mélodie Renvoisé, Arnaud Sébileau, Konstantin Shorokov, Hassen Slimani, Charles Suaud.
L’étude de dispositifs d’action publique - leur genèse, leurs principes, leurs modalités d’organisation et de fonctionnement, leurs agents, leurs effets sur les populations ou encore les usages qui en sont faits par leurs publics - est conduite dans des secteurs très variés : pauvreté, handicap, vieillissement, famille, éducation, tourisme, emploi, insertion, engagement citoyen, etc. Ces travaux permettent une approche incarnée des modalités de l’action publique, c’est-à-dire de l’État, s’imposant dans tel domaine, à tel moment, sur tel territoire. Ils rendent aussi visible ce qui est souvent occulté autrement : notamment la pluralité des acteurs concernés, de leurs positions et de leurs stratégies, aussi bien du côté des agents que des publics destinataires de l’action.
L’objectif demeure, dans le prolongement des orientations affichées dès 2009 par l’axe 3, de « décaler le regard par rapport aux approches institutionnalistes », trop formelles et souvent normatives. Il s’agit de promouvoir une perspective dans laquelle les institutions de l’action publique sont vues comme des processus permanents d’institutionnalisation, consistant à produire puis à faire passer pour nécessaire des rôles, des règles, des catégories, des savoirs et des dispositifs, et jouant par ce biais un rôle central dans la construction de la réalité sociale. Elles sont aussi des phénomènes sociaux dont l’existence et la pérennisation impliquent la rencontre dynamique, et donc potentiellement variée dans le temps et dans l’espace, entre ces différents éléments institués et des individus qui trouvent - selon telle ou telle modalité - à s’y investir, à s’y engager. Ces individus, agissant donc en même temps qu’ils sont agis, sont tout autant les agents mandatés pour mettre en œuvre concrètement et au quotidien l’action publique que les personnes, populations, publics pointés sur et avec lesquels les premiers s’efforcent d’intervenir.
Les travaux du CENS s’inscrivant dans cet axe permettent ainsi de dessiner une sociologie des institutions de l’action publique regroupant l’ensemble des dimensions et des entrées dans ce champ d’investigation :
- La première entrée (sous-axe 3.1 : Genèse et institutionnalisation des problèmes politiques et des dispositifs publics) concerne la genèse et la construction des différents éléments constitutifs des institutions de l’action publique (problème public, lois, catégories, dispositifs, etc.). En articulant approche ethnographique et approche historique, les travaux qui s’inscrivent dans ce cadre, cherchent à restituer le plus finement possible les logiques de fabrication de ces institutions ainsi que leurs effets sur la structuration et les dynamiques du monde social.
- La seconde entrée (sous-axe 3.2 : Agents et territoires de l'action publique) concerne quant à elle la production locale de l’action publique et ses variations, au regard des spécificités territoriales (espace urbain, rural, ultra-marin...) et des caractéristiques sociales des acteurs concernés (sexe, âge, ancienneté, formation, statut, conditions de travail, etc.). Il s’agit d’examiner comment les individus agissant au nom de la puissance publique, et notamment les agents de terrain, directement au contact des publics (les « street-level bureaucrats »), exercent, de façon diverse, leur capacité d’action dans le rapport de domination bureaucratique qui commande leurs relations aux différents guichets de l’action publique, de quelle marge de manœuvre ils disposent pour arranger les règlements aux situations particulières auxquelles ils doivent faire face.
- Enfin, une troisième entrée (sous-axe 3.3 : Effets et appropriations de l'action publique) concerne les effets de ces institutions sur les populations (à commencer par leur définition) mais aussi, et à l’inverse, les diverses formes de réappropriation dont elles font l’objet, en fonction des différentes caractéristiques de leurs publics (conditions d’existence, ressources, intérêts, trajectoires sociales, etc.). Il s’agit là, entre autres, d’explorer les modalités concrètes des rapports différenciés aux institutions de l’action publique chez les individus concernés.